Entamé lundi au Conseil national, le débat pour lever l'interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires en Suisse s'éternise et se poursuivra lundi prochain. Le résultat se jouera dans un mouchoir de poche. Il en va pourtant de la sécurisation de notre approvisionnement énergétique.
Les membres du National – une bonne centaine, tout de même! - se sont pressés en ce début de semaine à la tribune comme autant de protons au cœur d'un réacteur nucléaire pour débattre du contre-projet indirect du Conseil fédéral à l'initiative populaire «De l'électricité pour tous en tout temps (Stop au black-out)». Les deux textes entendent sortir l'atome du purgatoire dans lequel la population l'a plongé en 2017 au terme d'un vote sur la Stratégie énergétique 2050. Le Conseil des Etats s'est déjà prononcé en faveur du contre-projet en mars dernier.
Fronts très marqués
Les partisans du retour du nucléaire tablent sur de nouvelles avancées techniques plus sûres et sur la sécurité de l'approvisionnement, alors que les adversaires dénoncent une technologie risquée et trop coûteuse qui risque de prétériter le tournant vers les énergies renouvelables. Le débat, entamé lundi après-midi, n'a pas pu se terminer mardi faute de temps. Par ailleurs, plusieurs propositions minoritaires ont été déposées pour amender la révision de loi. Il reste encore une quinzaine d'orateurs. Le conseiller fédéral chargé du dossier, Albert Rösti, doit aussi prendre la parole.
La décision de sortir du nucléaire constitue un magnifique exemple de marketing politique de beau temps. Vu les incertitudes géopolitiques qui règnent, il est temps de repenser notre approvisionnement. Il n'est bien entendu pas question de remettre en question le développement du renouvelable, qui augure d'une indépendance énergétique souhaitable à terme. Il reste que le nucléaire facilitera à coup sûr une transition compliquée par des procédures à rallonge. L'adoption du Mantelerlass en juin 2024 va certes accélérer le rythme, mais il paraît certain que nos besoins en électricité, qui ne cessent de croître, ne pourront pas être couverts sans l'appoint du nucléaire. On appelle cela un mix énergétique et c'est indispensable. C'est toujours mieux que de devoir recourir au charbon allemand ou à l'atome français pendant les mois d'hiver.
Réponse réaliste à nos besoins futurs
A en croire la presse, le résultat du vote reste incertain dans un contexte d'opposition classique gauche-droite arbitré par le Centre. Face aux enjeux, il reste à souhaiter que le bon sens l'emporte pour assurer à notre pays et à son économie un approvisionnement varié et fiable. À long terme, comme le souligne le Conseil fédéral dans son contre-projet indirect, il est justifié d’ouvrir la production d’électricité à toutes les technologies, y compris à l’énergie nucléaire. Cette proposition constitue une réponse réaliste à nos besoins futurs. Réponse lundi.
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Les atomes crochus ont la vie dure au Parlement
Écrit par
Philippe Miauton
Directeur
Publié le : 10 juin 2026
Modifié le : 10 juin 2026