Est-ce que fonder une entreprise en Suisse nécessite un accompagnement?
Pas forcément. Il reste que ceux qui recourent à un accompagnement s’en sortent mieux statistiquement, car ils prennent moins de risques et sont moins victimes d’une faillite précoce. Il s’agit d’un état d’esprit : accepter de se faire challenger, de confronter ses idées avec d’autres points de vue. Après coup, il convient de trier parmi les opinions des coaches qui sont plus ou moins fondées. Certains conseils peuvent être inapplicables, car le spécialiste ne voit la personne que quelques heures sans être impliqué dans le projet. Des aspects peuvent lui échapper. S’il est nécessaire de se confronter à un autre avis, il est important de garder un esprit critique par rapport à ce qu’on entend. Il faut savoir prendre des décisions. Le vrai risque concerne ceux qui vont rester enfermés dans leur idée, en se disant qu’ils ont raison.
De quelles aides financières peut bénéficier un futur entrepreneur dans le Canton?
Dans le canton de Vaud, il existe passablement de soutiens financiers possibles. Cela dépend du niveau de maturité du projet : stade d’idée, entreprise déjà créée, etc. Genilem propose sur son site Internet un mapping d’écosystèmes qui résume une partie des aides existantes en Suisse. Celles-ci sont souvent conditionnées au domaine de l’entreprise : tech, digital, santé, innovation, etc. Le Service de la promotion de l’économie et de l’innovation (SPEI) propose un certain nombre de soutiens. La plupart du temps, il s’agit d’un appui initial avec du cash. C’est le cas de la Fondation pour l’innovation et la technologie (FIT), qui accorde ensuite des prêts remboursables. J’encourage les gens à prendre part à des concours comme PERL ou Start, dotés de quelques dizaines de milliers de francs. Un bon coup de pouce pour démarrer.
Quelles sont les principales démarches à entreprendre pour se lancer?
Avant de songer à effectuer des démarches administratives, comme trouver la forme juridique adéquate ou lever de l’argent, les entrepreneurs en herbe devraient aller chercher du soutien auprès de proches et, surtout, sonder leurs clients potentiels. Faire une étude de marché pour voir si son produit répond à un besoin me paraît indispensable. Il existe à ce propos le « mom test », un ensemble de règles et de questions qui permettent de tirer des informations utiles à son business (voir sur le site de Genilem).
«Le choix de la forme juridique est en soi assez vite tranché.»
La forme juridique choisie revêt-elle une grande importance?
Il s’agit d’un choix très important qui aura des effets sur la suite du développement de l’entreprise. Le choix d’une raison individuelle (RI), par exemple, ne permet pas de bénéficier d’apport d’investisseurs, car il n’y a pas de parts. Il faut aussi songer aux questions de responsabilité légale et financière : avec une RI, on répond de tout. Une société anonyme (SA) ou une société à responsabilité limitée (Sàrl) ajoute une couche de protection sous la forme du montant de capital investi au début. Le choix de la forme juridique est en soi assez vite tranché : existe-til une stratégie de croissance forte, un besoin d’investissements ou pas ? A côté des trois formes précitées, il existe aussi les associations ou les fondations, qui imposent d’autres contraintes. Cela reste lié à sa vision de l’entreprise et à sa stratégie.
Existe-t-il un profil-type du futur chef d’entreprise?
Ce n’est pas donné à tout le monde, mais il n’y a pas à dire vrai de profil magique. Il convient de garder à l’esprit plusieurs éléments : être entrepreneur est évidemment plus risqué que d’être un employé salarié, on doit être à l’aise avec cette idée. Il ne faut pas être une tête brûlée, mais prendre un risque tout en sachant le mesurer. Il faut une motivation forte et une possibilité de le faire : il y a des périodes de vie qui font qu’on n’est pas dans la bonne configuration (santé, famille, problèmes financiers). Une stabilité initiale est importante. Je dirais qu’il faut surtout être un touche-à-tout, polyvalent, avoir de la curiosité et ne pas craindre l’action car on finit par faire mille choses différentes, en particulier si on ne dispose pas d’une grosse équipe au démarrage. Pour un individualiste forcené, ce modèle fonctionne, mais il est lourd et bien souvent difficile à maintenir sur la durée : le risque de burnout est élevé. Il faut savoir fédérer autour de soi. Il existe dans ce milieu des gens qui apportent un appui sans attendre rien en retour, style advisory board. Savoir s’entourer est capital!
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«Il faut surtout être un touche-à-tout»
Écrit par
Jean-François Krähenbühl
Chargé de communication
Publié le : 01 mai 2025
Modifié le : 20 mai 2026