La Fondation pour l’innovation et la technologie (FIT), organisme privé qui a pour mission de financer les start-up de la région, a été lancée en 1994 par l’Etat de Vaud, l’EPFL, la BCV et la Fondation de la CVCI. Julien Guex, son directeur depuis 2008, explique que les financements de l’institution étaient réservés à la base aux jeunes pousses issues de l’EPFL, puis elle s’est ouverte peu à peu aux autres écoles romandes. « Je dirais que 60 à 70 % de notre financement concerne des start-up technologiques issues des grandes écoles. Dès 2018, on a lancé FIT Digital pour soutenir tout projet numérique vaudois. » Le financement de la fondation repose sur un modèle public-privé (voir encadré).
Depuis deux ans, à la suite des diverses crises que l’économie mondiale a dû traverser, Julien Guex constate que les investissements dans les start-up sont en baisse de même que les remboursements de ces dernières à la fondation. Aussi la FIT est-elle confrontée depuis lors à des enjeux de trésorerie. « Nous rencontrons une phase difficile pour les startup, explique le directeur. La priorité actuelle consiste à inverser ce manque de financement soit en optimisant les remboursements des start-up, soit en allant chercher des contributeurs, tout en ne perdant pas ceux qui ont contribué jusque-là. »
FINANCEMENT DE L’IA EN QUESTION
L’autre priorité a trait à l’émergence spectaculaire de l’intelligence artificielle (IA). Celle-ci conduit à des réflexions sur le financement de projets liés à un domaine en très forte croissance. « Ces projets-là se situent souvent à mi-chemin entre nos soutiens pour le numé- rique (FIT digital) et ceux pour la deeptech (FIT tech), relève le directeur. Nous réflé- chissons donc avec nos partenaires à lancer un outil spécifique à l’IA. Nous menons par ailleurs des réflexions en vue de trouver les moyens de coopérer mieux avec les partenaires de l’écosystème pour avoir un impact plus grand dans ce domaine. »
Dans ce contexte de financement chahuté, la FIT observe que les pays qui nous entourent octroient des soutiens bien supérieurs aux start-up qu’en Suisse. Innosuisse a certes mis en place quelques mesures, mais cela reste relativement anecdotique en comparaison de ce qui se fait chez nos voisins européens et aux Etats-Unis en termes de montants à disposition. « Arrivera-t-on à changer cela chez nous ? Je reste un peu sceptique... », s’interroge le responsable de la FIT.
UN RÔLE POUR LES CAISSES DE PENSION
Ce défaut de financement touche les jeunes pousses une fois qu’elles commencent à entrevoir la rentabilité. Cela explique pourquoi elles sont alors contraintes d’aller chercher un avenir meilleur sous d’autres cieux. Mais quel type d’aides mettre en place pour les garder ici ? Où mettre le curseur ? « A titre personnel, plaide Julien Guex, je pense qu’il existe une place pour une action politique à l’endroit des caisses de pension, car peu de choses se font dans le domaine. Par rapport aux montants sous gestion dans ce genre d’institutions, on pourrait faire de grosses différences au niveau des investissements en faveur des start-up. La solution me semble se trouver là. »
Mais comment faire ? Soit on suscite un tel financement, soit on l’impose. « J’ai tendance à dire qu’il faudrait l’imposer, poursuit le directeur. Cela doit être le rôle du politique. Mais il faut le faire intelligemment sans articuler des montants qui pourraient faire peur. Une forte incitation ou une obligation intelligente, c’est pour moi les options qui doivent se dessiner. »
Et les banques, dans cette équation ? « Il s’agit d’un autre outil. Elles jouent davantage un rôle pour les prêts aux PME.» Pour le directeur de la FIT, leur mode de financement n’est pas toujours adapté aux start-up : il faudrait dès lors en développer d’autres qui demandent des talents et des ressources spécifiques.
«Les caisses de pension constituent à mes yeux une piste plus prometteuse.»
FONDS SOUVERAIN OUBLIÉ
Et quid de l’idée consistant à créer un fonds souverain sous l’égide de la Confédération ? « Les premières discussions sur ce thème datent d’une dizaine d’années, mais rien ne s’est passé de concret. Mais cela dépend de la manière avec laquelle on l’alimente. Trouver des majorités pour déployer des financements publics c’est compliqué, on le voit avec les plans d’austérité actuels de la Confédération. Les caisses de pension constituent à mes yeux une piste plus prometteuse. »
Si on s’attarde sur les chiffres, la FIT a pu dé- montrer que l’on peut avoir un effet de levier de 1 à 10 avec l’argent déployé. Pour un franc investi, dix viennent en retour fiscalement sur les emplois qu’elle a contribués à générer. Julien Guex estime donc que l’on pourrait argumenter que les aides publiques constituent un pari judicieux pour l’avenir et qu’il existe un retour assez rapide sur ce type d’investissements.
« La situation est difficile et dans un monde idéal, il faudrait déployer des moyens publics dans une optique anticyclique, assure le directeur de la FIT. C’est lorsque les choses vont mal qu’il faut investir. Il faudrait avoir ce courage.» Pour Julien Guex, l’effet conjoint des taux d’intérêt relativement hauts au niveau mondial – les actifs risqués comme les start-up deviennent moins intéressants, contrairement à d’autres classes d’actifs – et l’incertitude globale de cette multicrise qui s’éternise freine les investissements de manière durable. « Un certain niveau d’investissements publics permettrait de compenser ces manques-là, qui ont pour effet de nous faire perdre en compétitivité », conclut-il.
UN FINANCEMENT PUBLIC-PRIVÉ
La FIT est le fruit d’un financement mixte. L’Etat de Vaud l’alimente à raison de deux millions de francs par année, la BCV à hauteur de 500 000 fr., puis 500 000 fr. proviennent de toute une série d’acteurs privés et publics, dont la Fondation de la CVCI.
A cela s’ajoutent 3 à 4 millions, soit ce que les start-up remboursent lorsque cela se passe bien. Ces remboursements sont fortement corrélés aux levées de fonds, car les start-up ne font pas forcément beaucoup de chiffre d’affaires à leurs débuts. Bien souvent, elles remboursent leurs prêts avec l’argent qu’elles lèvent lors de tours de financement auprès des investisseurs suivants.
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«Lorsque les choses vont mal, il faut investir»
Écrit par
Jean-François Krähenbühl
Chargé de communication
Publié le : 28 août 2025
Modifié le : 20 mai 2026