C’était il y a cinq ans déjà: la Trust Valley émergeait en pleine crise du Covid. Sous l’égide des cantons de Vaud et de Genève, des institutions académiques et des acteurs économiques lémaniques s’unissaient pour faire rayonner l’expertise de la région dans le domaine de la confiance numérique et la cybersécurité et favoriser l’éclosion de projets novateurs. La Trust Valley, c’est aujourd’hui une concentration unique de 400 acteurs dont 53 partenaires financiers publics et privés.
CEO de la Trust Valley, initiative de l’EPFL Innovation Park, Lennig Pedron dresse un bilan tout en nuances. « Nous évoluons dans un environnement politique mouvant, commentet-elle. L’économie navigue à vue compte tenu de cet environnement global qui affecte directement ses affaires. » Du côté des aspects positifs, la directrice relève que la confiance numérique qui était naissante il y a cinq ans a progressé, confirmant que le positionnement pris alors était le bon : « Nous sommes heureux d’avoir établi un bon réseau capable de réagir et de proposer cette confiance numérique. Notre vraie force réside dans le modèle du partenariat public-privé. Il fonctionne bien et est salué à l’étranger. »
MONTÉE EN COMPÉTENCE
Et quid de la maturité numérique des entreprises ? « Elle s’améliore dans le sens où il y a de plus en plus de demandes et de volonté de la part des PME d’améliorer leur cyber-ré- silience. Les entreprises sont conscientes qu’elles doivent monter en compétence dans ce domaine », observe la directrice. Dans le cadre du programme actuel de soutien Trust4SMEs, deux tiers des participantes sont des infrastructures critiques, c’est un bon signal.
Le revers de la médaille ? Ce n’est pas parce que davantage d’efforts sont déployés par les acteurs de la cybersécurité que les pirates informatiques s’endorment. « Aujourd’hui, le niveau d’attaques est surpuissant, assure la CEO. Elles sont de plus en plus sophistiquées et ciblées. Les cybercriminels usent de techniques psychologiques de manipulation très pointues avec l’IA. » Les pirates sont aujourd’hui capables de cibler les territoires et d’adapter la langue sans fautes et avec un excellent niveau. Les seniors sont particulièrement visés ! Une prévention spé- cifique doit être mise sur pied car même s’ils sont attentifs, s’ils savent qu’il ne faut pas aller payer de rançon, il apparaît que beaucoup d’entre eux cèdent sous le stress et la peur de ne plus avoir accès à leurs données, observe la spécialiste.
DONNÉES MÉDICALES EN DANGER
Sur le Darkweb, poursuit Lennig Pedron, on retrouve énormément des données que les gens laissent sur les réseaux sociaux, ce qui permet de catégoriser les types de personnes. « Le gros enjeu que je vois a trait aux données médicales piratées. Les cybercriminels créent des bases historiques sur des personnes et cela risque d’avoir des effets sur les générations futures. » A titre d’exemple, un problème cardiaque héréditaire divulgué par mégarde pourra retomber sur la descendance. On va ainsi pouvoir corréler des caractéristiques pour mieux extorquer avec une couche d’IA en prime. Pour la CEO, il est né- cessaire de prendre en compte ce point « pour le bien de tous. Mais je reste positive sur les effets du numérique, qui apporte beaucoup pour la santé, la façon dont nous allons gé- rer nos vies et rester en meilleure forme le plus longtemps possible. Les start-up vaudoises sont très actives dans le domaine. Cette année, dix-sept d’entre elles ont postulé au Tech4Trust, un chiffre jamais atteint. Le marché répond à la demande. »
«Nous avons formé plus de 5000 personnes dans la région jusqu’à maintenant.»
En marge de ses nombreuses activités, la Trust Valley travaille sur deux grands projets au niveau international : GovTech innovation Challenge avec la Banque Mondiale et le SECO, et le second, pour l’Open Quantum Institute avec le CERN, GESDA et UBS. Le premier vise à créer une plateforme permettant aux entreprises privées de concevoir et de tester des solutions numériques innovantes pour le secteur public afin d’améliorer l’efficacité du gouvernement, la transparence et les services aux citoyens. Le second est une initiative de gouvernance multilatérale qui promeut un accès mondial et inclusif à l’informatique quantique et le développement d’applications au service de l’humanité. Deux projets qui démontrent la crédibilité internationale acquise par la Trust Valley en une demi-décennie.
Un point sur le programme Trust4SMEs ? « Nous avons formé plus de 5000 personnes dans la région jusqu’à maintenant. L’actuelle édition se termine en février. La prochaine débutera en avril prochain. Nous avons un taux de conversion de PME qui ont notablement amélioré leur transformation numé- rique de 38 %, ce qui est louable. »
Cinq ans après ses débuts, la Trust Valley constitue indéniablement « un pari réussi. Le modèle de partenariat public-privé suisse séduit, montre des résultats forts déjà aujourd’hui et profile une montée en puissance avec tous les partenaires pour les années à venir. La confiance numérique était un domaine encore naissant en 2020, c’est une nécessité reconnue par tous les acteurs gouvernementaux, économiques et acadé- miques en 2025. Cela donne une perspective de lame de fond pour les dix ans à venir », conclut Lennig Pedron.
UN VIVIER DE START-UP DÉDIÉ À L’INNOVATION
L’EPFL Innovation Park, situé au sud-ouest du site de l’Ecole polytechnique fédérale, à Ecublens, a été inauguré en 1993.C’est ainsi qu’est né le premier parc scientifique de Suisse.
Lorsque le président de l’institution, Bernard Vittoz, lance la Fondation du Parc Scientifique en 1991, il ambitionne de créer un lieu dont la vocation est de stimuler l’innovation et le transfert de technologie en accueillant des start-up et des entreprises à proximité du campus, de ses chercheurs et étudiants. Le bâtiment initial, A, a été complété par une douzaine d’autres depuis lors. Il a été rebaptisé à la mémoire de Claudine et Bernard Vittoz, fondateurs et généreux donateurs.
L’EPFL Innovation Park aujourd’hui, ce sont plus de 2800 entrepreneurs, ingénieurs, techniciens et personnel de soutien, unissant leurs forces pour créer une innovation significative dans l’environnement commercial dynamique du Parc EPFL.
Le site accueille une communauté de 250 start-up, scale-up et 30 cellules d’innovation de grandes entreprises. Une grande diversité de technologies sont représentées, de l’IA à la cybersécurité, de la nanotechnologie à la robotique et aux sciences de la vie. Le site permet aux entrepreneurs et aux chercheurs de se rencontrer davantage, non seulement de façon formelle, mais aussi de miser sur les occasions informelles.
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Le pari réussi de la confiance numérique
Écrit par
Jean-François Krähenbühl
Chargé de communication
Publié le : 04 décembre 2025
Modifié le : 20 mai 2026