Surplombant l’ancien site de Bobst à Prilly, le campus unlimitrust s’est fait une place enviable dans le secteur des technologies liées à la confiance. Lancé par la société vaudoise SICPA, il vise à encourager les collaborations et à faciliter les partenariats, à mobiliser et à développer des solutions dans ce domaine. Faire se rencontrer l’économie, les investisseurs, les universitaires, les institutions et les autres parties prenantes dans les technologies de la confiance : un sacré défi que relève le campus depuis deux ans sous la férule de Pascal Marmier, qui fut directeur de Swissnex à Boston et à Shanghai.
La confiance, SICPA en connaît un rayon. La société, fondée en 1927, est spécialisée dans le développement d’encres de sécurité pour les billets de banque. Sa plateforme technologique fournit aujourd’hui plus largement des solutions de souveraineté principalement dans les domaines de la mobilisation des recettes fiscales, de la certification de l’identité, de la veille sanitaire avancée ou encore de la protection des marques.
L’UN DES HUIT TECHNOPÔLES
C’est donc tout naturellement que le projet du campus unlimitrust a germé ici. « L’idée de confiance qui sous-tend les activités de SICPA a donné forme à la Trust Valley qui sert d’incubateur d’innovation, explique Pascal Marmier. Le campus s’est voulu dès le début fédérateur de ces efforts régionaux. » Il a été accueilli dans le cercle fermé des parcs d’innovation vaudois, les technopôles aujourd’hui au nombre de huit, qu’Innovaud gère à travers Vaud Parc, l’organisme de collaboration desdits parcs.
L’économie de la confiance, qu’est-ce que cela recoupe ? « On parle ici d’une réponse à tous les problèmes que l’on observe dans le domaine de la cybersécurité, des pertes de données, d’identité ou des produits, vol et autres », relève le directeur du campus. L’idée de base consiste à reconstruire toute une sé- rie de technologies et de compréhensions de ces mécanismes pour aboutir à des chaînes de valeur identifiables, vérifiables et protégées.
Cet écosystème foisonnant, composé de dizaines de partenaires et de résidents, vise à porter les couleurs suisses au niveau international. « Trois ou quatre fois par an, poursuit Pascal Marmier, je participe avec Innovaud et la Trust Valley à des manifestations dont la conférence RSAC, le plus grand salon de cybersécurité du monde. Cette démarche permet de montrer qu’il se passe quelque chose dans le domaine dans notre pays. » Présence Suisse met d’ailleurs en avant cet élément de confiance dans sa politique de promotion au même titre que l’innovation.
RAMPE DE LANCEMENT DE L’INNOVATION
Le directeur du site explique que les partenaires du campus sont venus « dès le début dans la mesure où on s’est dit qu’il n’allait pas être facile de faire de l’innovation ex nihilo, d’où l’idée de départ de collaborer avec le Parc d’innovation de l’EPFL, qui s’est installé dans une des ailes du bâtiment. » Avec l’EPFL et le canton de Vaud, ce Trust Village constitue la rampe de lancement de l’innovation. A partir des projets proposés jusqu’aux premiers tours de financement institutionnels, une collaboration très étroite a été mise en place avec le SPEI. « On choisit des dossiers sur six à douze mois. En une année et demie d’existence, on en a eu une soixantaine. »
"La Suisse possède des compétences et revendique une place de choix dans l’IA."
Le campus a aussi lancé le Flex at unlimitrust, un espace de travail professionnel tout-enun. Il est composé de bureaux privés de petite et moyenne taille, ainsi que d’un espace de coworking ouvert. Cinquante entreprises y louent un espace. Plus de 80 événements ont été mis sur pied en 2024, le double cette année : unlimitrust est très sollicité par des grands groupes, mais aussi par des PME pour
tout ce qui touche à l’IA et à la confiance numérique. Les sociétés locataires peuvent faire des démos très pratiques sur place.
UN BILAN TRÈS POSITIF
Après deux ans d’activité, Pascal Marmier dresse un bilan très positif : « Nous avons dé- veloppé une communauté, fait venir de l’innovation et ouvert cela aux utilisateurs. » Mais le paysage numérique bouge aussi ailleurs. Dans une récente chronique, le président du groupe de réflexion Manufacture Thinking, Xavier Comtesse, a estimé que Zurich avait pris le dessus sur l’arc lémanique dans quatre directions significatives : transport, école polytechnique, start-up et IA. « Je suis allé voir sur place. Je ne parlerais pas de suprématie, mais un aspect m’a surpris dont on pourrait s’inspirer : ils ont un narratif extrêmement clair et parlent d’une seule voix. Ils ont sorti la carte de l’IA : il y avait tout ce que font le canton, les Hautes écoles et les entreprises privées. Il existe une compétition, mais il y a un alignement de valeurs, de visions entre l’EPFZ, l’Etat et les entreprises. »
Le canton de Zurich a par ailleurs compris que l’irruption de l’intelligence artificielle avait changé les règles. Il s’est adapté en créant des « sandbox » (bacs à sable), soit un environnement de test pour la mise en œuvre de projets d’IA. Il est conçu pour permettre à l’administration publique et aux organisations participantes de collaborer étroitement sur les questions réglementaires et en permettant l’utilisation de nouvelles sources de données (ex : tronçons pour tester les voitures autonomes). « L’idée consiste à enlever certaines barrières normatives pour itérer, tester, car on ne peut pas changer si vite la législation. Il y a là aussi un lien fort entre l’Etat et l’économie, des choses à prendre », relève le directeur.
Et quid d’une collaboration entre Zurich et l’arc lémanique ? L’apparition d’Apertus, modèle de langage mis en œuvre par l’EPFL et l’EPZ, «envoie un signal, constate Pascal Marmier. La Suisse possède des compétences et revendique une place de choix dans l’IA. On le remarque dans les articles scientifiques. » Pour lui, la Suisse a une carte à jouer, une sorte de manière de faire helvétique qui se retrouve dans l’IA : « Nous avons une tradition de précision, un mécanisme de proximité, une accessibilité, que l’on voit au niveau de notre économie. »
DES SOLUTIONS DE PROXIMITÉ
Pascal Marmier rêve de voir la Suisse se positionner de manière souveraine et disposer d’une sorte d’App Store où on trouverait un écosystème d’applications sécurisées avec cette marque de confiance suisse. Ces ré- flexions ont lieu à unlimitrust et à la Trust Valley, confie-t-il. Face à la toute-puissance des GAFAM, le directeur d’unlimitrust estime que le salut passe par des solutions de proximité. Le fait que SAP - plus grande capitalisation boursière européenne – se trouve sur le campus unlimitrust envoie à ses yeux un bon signal.
Un mot, enfin sur le cash, un domaine qui a fait la renommée de SICPA avec ses encres sécurisées. A une époque où les paiements dématérialisés s’imposent, Pascal Marmier se réjouit de constater que la masse des billets imprimés augmente pourtant de quelques pourcents chaque année. « Le cash reste un moyen de paiement, un facteur d’inclusivité pour de nombreux citoyens non-bancarisés dans le monde. Les billets répondent aussi à des besoins de solidarité familiale, de thésaurisation en l’absence de banques, et dans certains endroits, les taux d’intérêt se déprécient, alors le cash permet de rester à flot. Il y a un côté de résilience : quand plus rien ne fonctionne, le cash reste. » Dans une note récente, la Banque centrale européenne a lancé un appel aux Européens à conserver chez eux une somme assez conséquente en espèces afin de faire face à toutes sortes de crise. A méditer.
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«Nous avons développé une communauté»
Écrit par
Jean-François Krähenbühl
Chargé de communication
Publié le : 30 octobre 2025
Modifié le : 20 mai 2026