Qu’est-ce que l’IA générative en quelques mots?
L’IA au sens large existe depuis les années 1950. L’IA générative repose sur une base de données qui génère du texte, des images ou des vidéos. Le système le plus connu est ChatGPT. Il effectue des corrélations et lorsqu’on lui pose des questions, il crée des contenus émanant de données fournies à la base par les humains.
Ce système s’impose toujours davantage, dans le monde économique en particulier. Est-il indispensable aujourd’hui aux entreprises, quelle que soit leur taille?
Il est surtout indispensable de se poser la question de savoir comment utiliser cette technologie. Parmi la centaine d’entreprises que j’ai accompagnées, il ne s’en trouve pas une seule qui n’a pas pu trouver un cas concret d’utilisation de l’IA pour ses équipes. Un exemple ? Dans une société de construction où je donnais une formation, un grutier affirmait ne pas voir de possibilités d’utiliser l’IA. En regardant avec lui des cas concrets, nous avons trouvé plusieurs activités dans lesquelles l’IA permettait de simplifier grandement son travail administratif, d’où un gain de temps appréciable. Cela vaut pour des PME comme pour des multinationales.
La base de tout, ce sont les besoins métiers. En discutant avec les professionnels concernés, on trouve des cas d’utilisation concrète. J’écoute quels sont les besoins des entreprises et je leur propose ensuite des solutions applicables. Il n’existe pas un seul métier, selon moi, dans lequel on ne pourra pas trouver une application possible, notamment pour diminuer la charge mentale au travail qui peut être pesante pour les employés.
Quels sont les avantages et les dangers de l’IA en entreprise?
Du côté des avantages, il y a par exemple la possibilité de répondre à des courriels, de résumer et de comparer des documents, d’en sortir les éléments-clés. Le recours à l’IA générative permet de gagner du temps dans l’exécution de nombreuses tâches. Du côté des risques que l’on sous-estime, il faut bien admettre que l’IA générative n’est pas infaillible. Le système peut commettre des erreurs. S’il a un doute, au lieu de dire qu’il ne sait pas, il est capable de donner une ré- ponse plausible, mais qui est en réalité totalement inventée. Cela exige donc un contrôle humain ultérieur. Tout contenu généré par l’IA doit être vérifié. Seule l’expertise mé- tier permettra de dire si la solution virtuelle est adéquate. L’intuition humaine ne peut pas être répliquée. En tant qu’humain, on a trop tendance à se sous-estimer. Pour moi, ChatGPT joue le rôle d’un assistant auquel on délègue certaines tâches, comme on pourrait le faire avec un stagiaire.
«Il s’agit aussi de trouver un équilibre entre régulation et innovation.»
Les entreprises doivent-elles édicter des directives internes pour réguler l’utilisation de l’IA?
C’est fondamental. A ma connaissance, près de 75 % des entreprises ne disposent pas de charte sur l’utilisation de l’IA générative. Or dans les faits, les employés l’utilisent : l’absence de directive induit donc une zone grise problématique. A cet égard, la nouvelle loi sur la protection des données pose des limites claires dans l’utilisation des fichiers clients, par exemple. Il faut donc que les entreprises régulent la question par une charte ou une directive, notamment pour ce qui concerne l’anonymisation des données. Sur notre site, on trouve un modèle de directive qui peut servir de base pour l’élaboration de règles.
Les Etats doivent-ils de leur côté réguler l’IA pour éviter des dérives?
Le Conseil fédéral doit publier en ce début d’année un rapport sur une régulation de l’intelligence artificielle. Bruxelles fait un peu cavalier seul sur cette question dans le monde. La législation européenne sur l’IA, qui établit des règles harmonisées en matière d’intelligence artificielle, fournit aux développeurs et aux pourvoyeurs d’IA des exigences et des obligations claires en ce qui concerne ses utilisations spécifiques. Ces bases permettent d’éviter certaines dé- rives. Mais il s’agit aussi de trouver un équilibre entre régulation et innovation.
Un conseil?
A mes yeux, il convient de garder un esprit critique face à l’IA générative, en particulier au vu des effets d’annonce grandiloquents qu’on lit dans les médias sur ce thème. Il existe plein de projets qui fonctionnent en démo, mais qui ne marchent pas dans les faits. Lorsqu’on me dit : « Imagine quand ce sera au point », je réponds : « Eh bien reviens quand ce sera au point ». En revanche, il existe quantité d’applications concrètes qui sont déjà fonctionnelles. Je suis le premier à dire qu’il faut utiliser l’IA. Une métaphore résume bien les enjeux : « Avec l’IA, il y a deux erreurs à ne pas commettre : faire l’autruche ou le poulet sans tête. » La vérité se situe entre les deux.
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«Tout contenu généré par l’IA doit être vérifié»
Écrit par
Jean-François Krähenbühl
Chargé de communication
Publié le : 13 février 2025
Modifié le : 20 mai 2026