Depuis la signature des Bilatérales I en 1999, la Suisse a connu une prospérité inégalée. Le PIB réel par habitant y a augmenté de 27,8 %, démontrant la réussite de cette voie. L’abandon de l’accord-cadre par le Conseil fédéral, en 2021, a entraîné de lourdes conséquences pour les entreprises suisses. Aujourd’hui, le gouvernement propose un nouveau paquet d’accords entre la Suisse et l’Union européenne (UE). Une votation populaire pourrait intervenir au plus tôt en 2027. Philippe Miauton, directeur de la CVCI, rappelle l’importance des relations entre la Suisse et l’UE.
La consultation sur le paquet d’accords Suisse-Europe s’est terminée le 31 octobre dernier. De manière générale, quelle est la position de la CVCI?
Il est difficile de résumer un projet aussi dense – plus de 1000 pages – en quelques points. Cela dit, notre position est claire : l’économie suisse a besoin d’accords bilatéraux solides, lisibles et stables sur le long terme. Dans le contexte géopolitique actuel, marqué par de nombreuses incertitudes, notamment du côté des États-Unis, il est essentiel de renforcer et de clarifier nos relations avec Bruxelles, qui demeure notre principal partenaire commercial (la moitié des exportations de marchandises étant destinées à l’UE). Nous souhaitons que ce paquet aboutisse rapidement.
Pourquoi la Suisse a-t-elle besoin d’accords bilatéraux avec l’Union européenne?
Il est parfois utile de rappeler une évidence géographique et économique: la Suisse est au cœur de l’Union européenne. Nos principaux partenaires économiques ne sont pas seulement des pays, ce sont des régions frontalières comme la Lombardie ou le Bade-Wurtemberg. Il est donc naturel que notre pays s’intègre dans cet espace économique, sans pour autant envisager une adhésion à l’UE. Ce que nous défendons, ce sont des accords de libre- échange clairs, délimités et durables. Ils sont essentiels pour notre industrie exportatrice, notamment dans le canton de Vaud, où de nombreuses entreprises opèrent à proximité de la frontière française dans des secteurs variés. L’ouverture vers l’Europe est un facteur clé de la prospérité vaudoise de ces dernières années. D’ailleurs, après le rejet de l’EEE en 1992, le canton traversait une période économique difficile. Ce n’est qu’avec les accords bilatéraux qu’il a pu retrouver une stabilité et toute la Suisse sa prospérité. Les accords bilatéraux, en particulier la libre circulation des personnes, sont nécessaires au marché de l’emploi. Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, elle facilite le recrutement de personnel dans de nombreux domaines comme les MINT (mathématiques, informatique, sciences naturelles et technique).
«Il est impératif que l’ensemble du Conseil fédéral soutienne ce projet de manière unie.»
Comment les entreprises vaudoises ont-elles vécu l’abandon de l’accordcadre en 2021?
Ce fut une décision largement incomprise. Elle est survenue après que l’on a assisté à un combat d’arguments entre tous les partis et, pire, entre les conseillers fédéraux. Chacun y est allé de sa critique. De guerre lasse, tout a soudain été abandonné. Pour un sujet aussi crucial pour notre économie, il est décevant de constater comment il a été traité ou relé- gué à cause des périodes électorales. Repartir sur un processus de plusieurs années paraissait difficilement acceptable pour les entreprises qui réclamaient depuis longtemps de la stabilité. Ce qui est le plus regrettable, ce sont les conséquences immédiates que nous avons observées, notamment dans le secteur de la Medtech et dans les programmes de recherche. Le fait de devoir tout remettre à plat après un travail colossal fut difficile à avaler. Mais il faut regarder vers l’avant, dé- sormais, et empoigner ce sujet pour apporter une réponse claire.
Quelles sont les attentes de la CVCI vis-à-vis du Conseil fédéral?
Ce que nous attendons avant tout, c’est de la conviction. Il est impératif que l’ensemble du Conseil fédéral soutienne ce projet de manière unie. Nous ne devons pas revivre les divisions internes qui ont affaibli l’accord-cadre. Il faut avancer rapidement, afin que les votations puissent se tenir dans des délais raisonnables et que la population suisse puisse se prononcer en toute clarté sur l’avenir des relations bilatérales.
Quelles sont les prochaines étapes?
Elles sont nombreuses et toutes interdépendantes. La première concerne l’initiative «Suisse à 10 millions», qui soulève des inquié- tudes liées aux infrastructures et à l’immigration. Il faudra expliquer clairement qu’en cas d’acceptation, elle remettra en question la libre circulation des personnes et conduirait à l’abandon des accords bilatéraux. C’est une étape cruciale. Ensuite, chaque volet du paquet bilatéral devra être présenté et expliqué en détail. Il faudra montrer comment ces éléments s’influencent mutuellement. Nous entrons dans une phase de réflexion qui durera probablement un à deux ans, et il est essentiel que cette période soit marquée par de la pédagogie et de la cohérence.
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Nous défendons des accords clairs et durables
Écrit par
Oriane Engel
Responsable politique - campagnes fédérales
Publié le : 04 décembre 2025
Modifié le : 20 mai 2026