Invité à Lausanne dans le cadre du Forum des 100, centré sur le thème de la sécurité, l'essayiste Giuliano da Empoli estime que la gouvernance de la technologie, avec son absence de contre-pouvoir et de respect des droits fondamentaux, constitue «un problème colossal» auquel nos démocraties doivent apporter une réponse.
Le Forum des 100, organisé par le quotidien «Le Temps», a abordé mardi le thème de la sécurité avec, notamment, la participation du chef de l’armée suisse, Benedikt Roos, et celle de l’écrivain italo-suisse Giuliano da Empoli, dont le livre «Le fondateur» caracole en tête des ventes en Suisse romande. Un sondage, commandé à l'occasion de cet événement, révèle que 95% des Suisses déclarent se sentir assez, voire tout à fait, en sécurité. Cette proportion risque de baisser dans la mesure où le terrorisme, l’espionnage, les cyberattaques et le sabotage d’infrastructures constituent des menaces en augmentation selon nombre d'experts conviés à s'exprimer mardi. Giuliano da Empoli n'a pas dit le contraire au cours de l'entretien qu'il a accordé dans le cadre de ce forum.
L'auteur a dépeint un univers où surveillance généralisée, intelligence artificielle et armes autonomes concentrent tous les pouvoirs. Il ne juge pas nécessaire de voyager dans le futur pour créer une fiction. Ce qu'il écrit se réfère aux années passées et actuelles. Pour lui, la marge d'autonomie de l'homme se réduit et «la trajectoire des choses qui se sont mises en place est assez claire: cette concentration de données, de pouvoir, arrive à son pic et est concentrée en très peu de lieux et très peu de mains».
Gouvernance très problématique
A la question de savoir si les dirigeants de la Big Tech américaine marquent la fin de la démocratie ou alors contribuent au bien commun, il apporte une réponse nuancée. A ses yeux, il serait stupide de s'opposer à la technologie en tant que telle car ses bienfaits restent nombreux. «En revanche, assène-t-il, la gouvernance de la technologie, avec son absence de limites, de contre-pouvoir et de respect des droits et procédures fondamentaux, est un problème colossal.»
Cette approche s'oppose évidemment à la démocratie telle que nous la connaissons. C'est pourquoi il constate qu' il a fallu l'émergence d'une figure charismatique très puissante - Donald Trump en l'occurrence - qui va réussir démocratiquement au départ et, ensuite, transformer l'essai pour atteindre le pouvoir. Il ne pense pas à un complot: «Trump a sa propre logique, ce sont des convergences qui se produisent. Pour celui qui officia comme conseiller politique de Matteo Renzi, ex-président du Conseil des ministres d'Italie, les véritables maîtres du jeu n’habitent plus les palais gouvernementaux. Le pouvoir s’est déplacé dans les serveurs et les algorithmes de la tech américaine.
L'IA dans le viseur
L'intelligence artificielle (IA) constitue pour lui la principale menace qui pèse aujourd'hui sur nos démocraties. Giuliano da Empoli pense que le processus qu'il décrit matérialise le vrai grand remplacement qui ne revêt donc pas un caractère démographique, «mais un remplacement de décisions humaines prises par des machines».
Et l’Europe dans tout cela, menacée à la fois par la Big Tech US et la Chine? L'essayiste considère qu'elle manque de souffle. Il reste ébahi devant l’incapacité de l’Union européenne à poser des limites dans ce domaine, alors même que des sondages montrent que les opinions publiques européennes semblent prêtes à soutenir une position un brin plus courageuse.
Son ouvrage et ses propos sonnent comme un appel adressé au monde politique qui se doit de reprendre le contrôle face aux géants de la technologie. Un sacré défi.
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Reprendre le contrôle face aux géants de la tech
Écrit par
Jean-François Krähenbühl
Chargé de communication
Publié le : 29 octobre 2026
Modifié le : 29 octobre 2026